Depuis que je navigue dans le monde de l’entrepreneuriat, je vois des tas de personnes s’exposer, parler de leur vécu, de ce qui les a menées où elles sont. Ces personnes, je les ai longtemps admirés secrètement parce que j’aurais moi aussi aimé partager une parcelle de mon vécu avec autant d’assurance, de vulnérabilité et d’authenticité à la fois. Bref, j’ai longtemps cherché ce que moi j’avais de si exceptionnel à raconter pour aider ne serait-ce qu’une personne.

Aujourd’hui, j’ai décidé de lever le voile sur mon parcours. Celui qui fait que j’en suis rendue où je suis. Celui qui fait que peut-être, à travers mes écrits, tu pourras mieux comprendre et avec un peu de chance, tu pourras constater à quel point avoir des enfants est un bien précieux et un privilège unique. 

Une histoire de changements

Depuis toute petite, j’ai l’impression d’être arrivée ici par erreur. Sur Terre, je veux dire.  

D’abord dans le ventre de ma mère, parce que soyons honnête, je n’étais pas tellement attendue. De ce qu’on m’a dit à l’orphelinat quand j’y suis retournée, elle m’a eu hors mariage. En gros, juste mon existence était un danger pour sa propre vie. C’est les coutumes là-bas. J’ai décidé de l’accepter. 

Par la suite, je suis arrivée à l’orphelinat. Mes parents essayaient d’avoir un enfant depuis 10 ans et ont décidé d’adopter. Au début, c’était censé être une autre petite fille que moi… mais malheureusement, la petite fille est décédée et c’est moi qui ait pris sa place. Par chance ou pas. Je suis encore indécise sur la question.

 

Mon arrivée au Quebec 

Quand mes parents ont su que j’arrivais, ma mère a appris qu’elle était enceinte. Comble de joie. Ils allaient enfin avoir leur enfant à eux. Oui, j’ai parlé au singulier exprès. Mes parents m’ont raconté qu’ils avaient engagé plusieurs frais et qu’ils n’osaient pas trop reculer. Surtout qu’ils avaient annoncé à tout leur entourage mon arrivée prochaine. Je suis donc arrivé au Québec, mon frère était bébé naissant. La dame de l’orphelinat a fait le voyage avec moi jusqu’au domicile de mes parents. 

Les jours passent et je pleure. Je ne pleure pas, je hurle. Mes parents se découragent assez vite. Et encore une fois d’après ce qu’ils m’ont raconté… lls se sont juste tannés et ont décidé de me laisser pleurer parce que c’était moins compliqué. Je m’endormais de fatigue. 

Les années ont passé et ça s’est légèrement gâté. Du plus loin que je me souvienne, mon père parlait ouvertement de la haine qu’il ressentait à mon égard et j’ai appris à le détester à mon tour parce que je ne savais pas trop quoi faire d’autre. J’étais de trop partout. Tout le temps… donc mes besoins physiologiques de base comme manger et dormir étaient à peine comblés. Ma mère, elle.. Elle ne voulait juste pas s’en mêler. Elle laissait mon père faire parce qu’elle l’aimait et que dans un sens, il avait raison de me détester. J’étais têtue. Je refusais de faire ce qu’on me demandait. C’était viscéral pour moi. J’avais l’impression que si je pliais, j’allais m’éteindre. 

En même temps, je recherchais de l’amour. Je voyais mes parents avec mon frère et ma soeur et je me disais que ça aurait été comme ça si j’avais été avec mes parents biologiques. Du haut de mes 4 ans, je me rappelle avoir commencé à prier. Je demandais au ciel de choisir. Soit il m’aidait à retrouver mes parents biologiques, soit il me tuait. Chaque matin, c’était la déception de voir que j’étais encore en vie. Ça été comme ça jusqu’à mes 10 ans. 

Je me sentais coupable de penser ainsi parce qu’à écouter les grandes personnes, j’étais super chanceuse de grandir au Québec. « Si j’étais restée en Inde, j’aurais eu une existence misérable. Au Québec, j’avais un avenir. En Indes, je n’étais destinée à rien. » 

Changement de famille

À mes 10 ans, je n’ai jamais su les détails, mais on m’a amené vivre dans une autre famille. J’ai eu 2 versions. 

La première, celle de ma mère. C’était le cadeau qu’elle faisait à mon père. Ils se débarrassaient de moi une fois pour toute et devenaient la famille parfaite. 

La deuxième, un énième signalement à la DPJ a fait que j’ai pu quitter.

J’ai longtemps cru la première version et encore aujourd’hui, j’ai tendance à le croire. Parce que s’il y avait vraiment eu un signalement, pourquoi mon frère et ma soeur sont restés là-bas? 

Dans ma tête, ils sont devenus la famille parfaite, parce que je n’étais pas là. 

Quand je ne suis pas là = Famille parfaite. Quand je ne suis pas là, tout est parfait POINT.

Maintenant adulte

Je reproduis d’ailleurs le pattern avec mon chum à son grand désarroi. Quand il va dans sa famille, c’est avec les enfants, mais sans moi. Parce que je me sens de trop. Je ne suis pas à ma place. Ce sont tous des gens d’une autre région qui ont grandi ensemble. Ils sont parfaits ensemble. Moi, dans ma tête, j’ai aucun rapport là. 

Dès que j’ai l’occasion de m’exclure, je le fais. Je me sens en sécurité de le faire parce que je me dis que comme ça, je n’aurai rien gâché. Comme ça, je ne serai pas de trop.

 

Arrivé à l’âge adulte, j’ai décidé que je n’aurais pas d’enfants. Bel ironie de la vie. J’avais tellement peur. J’avais entendu dire qu’on reproduisait  les mêmes schémas adultes que ceux qu’on avait vécu enfant. Ça voudrait dire que j’allais détester mes propres enfants! 

D’un côté, je voulais ma famille. Je voulais mes racines. Je voulais un port d’attache.. mais je me disais que c’était bien trop que de demander à des petites épaules de supporter tous mes espoirs, tous mes rêves. 

Ça fait que quand je suis tombée enceinte la première fois. Ça été le meilleur accident de ma vie. J’ai été contente et effrayée à la fois. J’ai voulu avorter, le donner en adoption. J’ai voulu tout faire. J’avais peur. En plus, les médecins me disaient que j’étais déjà une mauvaise mère parce que je travaillais des heures de fou et je ne faisais pas du tout attention à ma grossesse. 

Ma vision de la maternité maintenant 

 

Quand j’ai vu mon bébé pour la première fois, les questions se sont bousculées dans ma tête.  Je n’ai pas pu m’empêcher de faire des parallèles entre ma vie et celle que je venais de donner. J’ai tout de suite aimé mon bébé. Je n’ai même pas eu à me demander comment faire, ça été instinctif.  Et on est rendus aujourd’hui, 4 enfants plus tard. 

Avec mes enfants, j’essaie de pousser tout au maximum. Moi. Pas eux. Don’t worry. Ma hantise, c’est de les scrapper autant que je me suis auto-scrappée depuis toujours. Ma hantise, c’est de ne pas en faire assez ou de ne pas faire les choses comme il le faudrait. 

Depuis que je suis maman, je m’instruis sur les 1001 façons d’intégrer la parentalité positive dans mon quotidien. J’ai maintenant envie d’sider des parents comme moi qui se posent plusieurs questions. J’ai inclus cette facette dans mon entreprise pour outiller sur des sujets comme le sommeil et les apprentissages alternatifs. 

Le but n’est pas d’être dans la performance ou de suivre une méthode X, mais bien d’écouter les besoins des membres de notre famille et d’être là pour eux avec toute la bienveillance du monde.